«La Bible, ce ne sont que des mots. Il faut les incarner pour qu’ils deviennent Parole»

On sonne. Un jeune homme, T-shirt de skater, jeans, cheveux en bataille et pieds nus, ouvre. «Je prends ma robe et on y va!» Une paire de baskets aux lacets «vert liturgique» plus tard, Etienne Guilloud est dans son église de Bière, la robe boutonnée jusqu’à la naissance de sa barbe blonde. Il a 29 ans, 30 en novembre, et sera consacré cet automne après deux années de suffragance dans la paroisse du pied du Jura.

«A la base, je voulais devenir prof de maths», raconte ce natif de Givrins dans sa cuisine où s’affichent sur des ardoises citations philosophiques et choix de bières. Un échec définitif à l’EPFL ayant eu raison de cette orientation, il lui a donc fallu en trouver une autre. «J’avais pensé à science des religions, mais ça manquait de débouchés.» Ce sera alors théologie. Un choix par défaut? Ce serait mal connaître le bonhomme, solide dans ses convictions. «J’ai toujours été croyant mais, plus jeune, j’étais fâché avec l’Eglise, que je considérais comme un vieux monstre poussiéreux en train de s’étouffer.»

Ado, Etienne Guilloud anime pendant dix ans un groupe de jeunes à Gland. Pour échanger librement sur tout et rien, particulièrement sur la spiritualité et quelle que soit la confession des uns et des autres. «Je me sentais bien dans ce groupe, j’appréciais aborder ces thématiques.» Ce sera donc «théol», «aussi parce que toutes ces questions que se posent les humains sur les choses qui les dépassent me passionnent». «J’ai aimé ces cours, c’était profond, intelligent, passionnant. Ils m’ont vraiment réconcilié avec l’Eglise. Je me disais que si les pasteurs les ont tous suivis, c’est qu’ils ne sont finalement pas si cons.» Alors il en sera un, de pasteur. En deux fois, parce que la première, la Commission de formation au ministère, alors mandatée par le synode pour évaluer les candidats, lui a dit non. «J’étais en colère, je pensais qu’ils n’aimaient pas les têtes qui dépassent… Peut-être leur avais-je paru arrogant, aussi.»

Après trois mois d’une «formidable expérience» au CHUV, «où ma vocation est devenue manifeste», Etienne Guilloud revient à la charge: «Mon point faible est et restera mon indiscipline», prévient-il au Conseil. Sa demande, pourtant, est acceptée. «Je peux être indiscipliné, je peux provoquer. Mais je le ferai toujours avec amour. J’aime les sports d’équipe car on sait qu’après le match, on ira de toute façon boire une bière tous ensemble.»

Jouer ensemble

Car pour le jeune Vaudois de mère anglaise, on ne gagne qu’en équipe. «Qu’avaient les Islandais de plus que l’Angleterre à l’Euro? Ils jouaient ensemble. L’Eglise réformée est multitudiniste. Les pasteurs peuvent être liturgiques, libéraux, charismatiques, rock’n’roll ou encore traditionnels, ils doivent néanmoins se réunir dans le dialogue.»

L’homme aime parler en images. «Pour moi, raconter, c’est ce que fait un pasteur. La Bible, ce ne sont que des mots. Ils ne deviennent la parole de Dieu que lorsqu’ils sont incarnés. Par un ministre ou qui que ce soit d’autre, d’ailleurs.» Etienne Guilloud assure en effet pratiquer un métier comme un autre. «Si l’on part du principe qu’un métier, c’est prendre la place qui est la sienne dans ce monde. Pour certains, c’est dans une boulangerie, pour d’autres une banque. Pour moi, c’est en tant que pasteur.»

Musicien de l’anticlérical et antidogmatique groupe (P’tit) Greg, Etienne Guilloud n’en est pas moins attaché aux valeurs fondamentales de l’Eglise. «Elle est comme un bâton inébranlable au milieu d’une tempête de sable. L’amour, la liberté et l’accueil, l’Eglise doit se montrer intransigeante sur ces points.» Un hymne au mariage homosexuel? «Pas forcément, il faut ensuite discuter de ce qu’est l’accueil. Je ne sais pas encore vraiment comment me profiler sur ce sujet. L’Eglise, c’est une posture entre le garde-fou et l’avant-garde. Lorsqu’elle a accepté un rite pour les personnes de même sexe, elle a été en avance sur la société.» Et elle s’est fait un bon coup de pub.

«Mon boulot n’est pas de remplir les églises, répond le jeune ministre, c’est d’annoncer l’Evangile en paroles et en actes. Je me demande d’ailleurs souvent si je suis un pasteur ou un imposteur. Si je nourris mon propre projet ou celui de l’Evangile à travers moi?» Une hygiène spirituelle, pour le Birolan. «Un moyen de ne pas virer dans la posture d’un ministre qui se complaît dans ses coups d’éclat.» (24 heures)

(Créé: 06.07.2016, 08h57)

Quissac a désormais un pasteur titulaire

P our tous les membres de la paroisse protestante, Caroline était déjà leur pasteur. Elle est maintenant titulaire.

Caroline Cousinié est désormais pasteur titulaire. Jusqu’ici pasteur référent –pour d’autres activités on dirait stagiaire- elle a, dimanche 26 juin à 16 h, au temple de Saint-Hippolyte-du-Fort, franchi définitivement le pas, qui fait d’elle le pasteur titulaire de notre paroisse.

Dans une cérémonie à son image, souriante et chaleureuse, empreinte de gaieté comme de gravité, de sérieux comme de simplicité, elle a, entourée de ses professeurs de théologie, de pasteurs voisins, dont Christophe, son époux, d’amies proches et de ses ouailles, confirmé son désir d’être pasteur titulaire.
Chose faite, pour le plus grand plaisir de l’assistance, venue nombreuse dans le temple pour lui signifier son affection et son soutien.

Retour à la source

Certains jeunes adultes font le choix d’un baptême en immersion, bénéficiant de la proximité du lac Léman. Une manière pour eux de se rapprocher de Jésus. Nous nous sommes plongés dans une cérémonie

Sur le rivage, le soleil commence à faire son apparition, en même temps que des dizaines de personnes. Au bord du lac, dans une crique de la plage de Corseaux, les canards semblent intrigués par tout ce monde un dimanche matin. Un guitariste s’installe, teste son ampli. Parmi la foule qui compte des personnes de tout âge, évoluent des jeunes gens et des jeunes filles de blanc vêtus. Ils ont entre 14 et 16 ans et sont là pour se faire baptiser directement dans le lac. « Le cadre est magnifique », s’enthousiasme un des parents.

Des pasteurs qui se mouillent

En polo et baskets que l’on devine insubmersibles, Pierre Bader, pasteur à Corsier, réunit les neuf jeunes postulants présents ce jour autour de lui. « Nous faisons ce type de baptême une à deux fois par année, raconte-t-il. Il peut y avoir des gens de tous les âges, mais au minimum 14 ans, pour être capable de décider et de comprendre qui dit quoi. Avant le baptême, notre rôle est de vérifier que ce n’est pas une décision prise sur un coup de tête ». La mère d’Anaëlle, 15 ans, acquiesce : « Nous l’avions présentée petite, pas baptisée. Je trouve bien que cela soit le choix de la personne et non des parents. » Un choix effectué avec conviction par l’intéressée. « C’est moi qui avais envie de ce moment, de montrer mon engagement à tout le monde. Le fait de le faire dans le lac me rapproche de Jésus qui a été baptisé ainsi, et c’est aussi plus vivant. » En effet. Chacun se déplace, se salue, se sourit, jusqu’à ce que Dominique Burnat, pasteur de Chardonne qui baptise dans le lac conjointement avec Corsier, entame la cérémonie, en robe pastorale blanche. « Ces baptêmes sont un moment particulier qui nous rappelle les premiers baptêmes des chrétiens », rappelle-t-il. Avant de procéder à l’immersion en tant que telle, les pasteurs demandent aux jeunes gens de répondre à trois questions de foi, dont l’une requiert de se tourner vers l’ouest, le couchant, pour « renoncer à l’ancienne vie », puis vers l’est, le levant, « pour recevoir l’homme nouveau, pour s’orienter au sens propre ».

En immersion

Dans une ambiance décontractée, où la température supposée froide du lac anime les conversations, les pasteurs s’avancent dans l’eau jusqu’au tronc et invitent un par un chaque fille et chaque garçon à les rejoindre. « Je te baptise au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. » A ce moment, la personne est immergée, tête en arrière, avant de ressurgir sous les applaudissements. « Je n’ai pas senti le froid car j’attendais que ce moment arrive enfin, se souviendra un peu plus tard Oriane. Une fois immergée, j’ai senti le poids de l’eau sur moi, et en en ressortant, j’ai eu l’impression de voler. C’est comme si j’avais laissé le mauvais de mon passé et tous mes péchés dans l’eau. » Symbole de renaissance, de purification, de limpidité, l’eau a la force du message. « Qu’est-ce qu’on fait si on reste longtemps dans l’eau ? Demande rhétoriquement Pierre Bader. On meurt. Et on est content de reprendre son souffle, de revenir à la vie. C’est cela le baptême, être lavé et revenir à la vie. » Le soleil, capricieux en ce mois de juin, disparaît une fois la cérémonie terminée. Emus au point où, sur les visages, les gouttes d’eau ne se distinguent pas des larmes, les baptisés se jettent tous ensemble dans le lac, la vie devant eux. 

// Stéphanie Billeter

En chiffres

Selon Pierre Bader, il y aurait de plus en plus de baptêmes choisis par les jeunes adultes, du fait d’une diminution ces dernières années de baptêmes d’enfants, celui dans le lac restant une option supplémentaire, « un retour à la source au sens premier du terme ». Les chiffres donnent-ils raison au pasteur de la paroisse de Corsier ? Les statistiques enregistrées par l’EERV remontant à 2000 indiquent un nombre total de 1331 baptêmes sur le canton de Vaud, parmi lesquels 14 adultes. Si l’on compare avec les données existantes de 1980, il y a une diminution de près de 80 % (2286 baptêmes en 1980 sur Vaud, dont 12 adultes). En quinze ans, de 2000 à 2015, la diminution continue à s’opérer. Malgré un sursaut en 2002 qui compte 1417 baptêmes, 2010 en enregistre 904 pour 789 en 2013 et 700 l’an dernier. Il est vrai qu’en comparaison à 1980, le nombre de baptêmes d’adultes a augmenté, avec 45 en 2012, 21 en 2013 et 24 en 2015.

Canada: L’Eglise unie face à la décision de garder ou révoquer une pasteure athée

Engagée au sein de l’Eglise unie du Canada, Gretta Vosper n’a pas caché être une pasteure athée: elle ne croit ni en Dieu dans son sens traditionnel, ni en la Bible, et sa communauté de West Hill à Toronto la soutient.

Mais les relations avec l’Eglise unie se sont corsées lorsque la pasteure a écrit une lettre ouverte au chef de l’Eglise, après les attentats de Charlie Hebdo, affirmant que «la croyance en Dieu peut motiver de mauvaises choses».

Le secrétaire général du Conseil de l’Eglise a décidé d’entreprendre une révision pour savoir si Gretta Vosper est toujours apte à prêcher. Selon la pasteure la question principale est de savoir si l’Eglise unie va insister sur la définition unique de Dieu ou au contraire permettre aux pasteurs et aux paroissiens «d’explorer et de se faire leurs propres idées». Gretta Vosper a adopté l’étiquette «d’athée» en 2013 par solidarité avec tous ceux qui sont prsécutés et assassinés pour avoir défié le fondamentalisme et l’extrêmisme religieux.

Le comité de l’Eglise unie pourrait prendre plusieurs mois avant de rendre sa décision.

La rédaction d’Evangéliques.info – 01 juillet 2016 11:52

Une pasteure athée défend ses opinions auprès de l’Église unie

Lors de sa comparution devant le comité cette semaine, Gretta Vosper a défendu ses opinions qui incluent une absence de croyance en Dieu et en la Bible.

Elle a soutenu dans ses déclarations écrites qu’elle se retrouvait citée devant ce comité en raison de son usage et de l’adoption du terme «athée».

Elle dit avoir adopté l’étiquette «athée» en 2013 en solidarité avec les gens de par le monde «qui sont persécutés et assassinés pour avoir défié le fondamentalisme et l’extrémisme religieux».

La principale question, a-t-elle plaidé, est de savoir si l’Église unie va insister sur une «définition unique» de Dieu ou plutôt permettre à ses pasteurs et ses membres d’explorer et de se faire leurs propres idées.

Mme Vosper a aussi souligné que des membres de la congrégation – dont plusieurs étaient présents pour l’encourager – la soutiennent fortement.

Dans ses observations orales, la pasteure a déclaré au comité qu’elle prônait des valeurs «qui transcendent nos intérêts et besoins personnels et qui nous amènent à envisager un monde meilleur».

Dieu, dans le sens traditionnel, n’est pas un concept auquel elle croit, dit-elle.

Mme Vosper, âgée de 57 ans, a été ordonnée en 1993 et a joint sa congrégation de West Hill, dans l’est de Toronto, en 1997. Elle a été franche au sujet de ses croyances depuis des années.

Les choses se sont corsées après qu’elle eut écrit une lettre ouverte au chef spirituel de l’Église après le massacre de Charlie Hebdo à Paris en janvier 2015, soulignant que la croyance en Dieu peut motiver de mauvaises choses.

Le secrétaire général du Conseil général de l’Église a décidé d’entreprendre cette révision sans précédent de son aptitude à prêcher.

Il est attendu que le comité prenne plusieurs mois avant de rendre sa décision.

Meapasculpa: pasteur Fatzer, protestantissime

Isabelle Falconnier

Je ne crois pas en Dieu et ne fréquente aucune église, mais lorsqu’on me demande de mettre une croix indiquant une éventuelle religion sur un formulaire, je n’hésite jamais: je coche «protestante».

J’ai fait ma confirmation, à 16 ans, en développant sur 3 pages l’idée que l’important n’est pas de croire ou pas mais de se poser philosophiquement la question de l’existence de Dieu – pour une entrée dans la communauté des croyants, on peut rêver plus engagé. «Protester», «réformer»: ces deux mots ont constitué la colonne vertébrale de mon éducation personnelle. Ils sont la promesse d’une sorte de Mai 68 intellectuel permanent: remettre en question, pratiquer le «oui, mais» à outrance, refuser les évidences, le politiquement correct, débattre, encore et toujours.

C’est grâce à ces deux mots que je coche encore la case «protestante» sur les formulaires. Ils sont un argument de vente incomparable et unique sur le marché de la pensée et des religions aujourd’hui. Si le protestantisme n’a pas encore été rayé de la carte, c’est grâce à ces deux mots.

Dans quelle Eglise un de ses pasteurs peut-il publier un livre intitulé Croire en un Dieu qui n’existe pas. Manifeste d’un pasteur athée, comme l’a fait le Néerlandais Klaas Hendrikse, livre devenu véritable best-seller en Europe, et continuer à faire le culte dans son église comme si de rien n’était?

Cher Conseil synodal de l’Eglise évangélique réformée vaudoise, si vous voulez que je continue à verser ma modeste obole annuelle, il va falloir laisser Fatzer la jouer à sa manière. Le protestant qui proteste, folklore ou pas, on le veut, il nous plaît, c’est pour lui qu’on se dit protestant. Si c’est pour ressembler à ces moutons de catholiques qui obéissent tous au même chef dorloté dans son palais romain, ce n’était pas la peine de faire la révolution. Si c’est pour exiger le respect de la hiérarchie, des règlements, des conventions, des protocoles, de la politesse et de la bienséance, ce n’était pas la peine de se faire égorger à la Saint-Barthélemy.

Contrairement à ce que vous pensez, tout ce ramdam est bon pour votre image et ne nuit pas à votre institution – pour autant que, à la fin, vous vous montriez plus protestant qu’un protestant. C’est-à-dire que, à la fin, il faudra laisser le trublion trublionner. Je dirais même que c’est la seule chance de survie de l’Eglise protestante. Daniel Fatzer a enfreint des règles? Il est narcissique, doté d’un ego surdimensionné? Il joue les martyrs avec sa grève de la faim, les justiciers, les redresseurs de torts? C’est un provocateur récidiviste?

Et alors? Cher Conseil synodal, c’est ce qu’on attend d’un protestant. C’est ennuyeux lorsqu’on est son employeur. Mais à force de vouloir asseoir sa crédibilité, on en perd son attractivité. Ce serait dommage.

isabelle.falconnier@hebdo.ch

Béatrice Métraux priée de jouer les bons offices

Appel entendu. L’autorité exécutive de l’Eglise évangélique réformée vaudoise (EERV) a fait appel à Béatrice Métraux pour jouer les bons offices dans l’affaire des pasteurs licenciés.

La semaine dernière, la conseillère d’Etat se disait «à disposition pour reprendre une médiation» (lire ici). Le Conseil synodal, sur proposition de sa cellule de crise, a décidé lundi de saisir cette perche. La conseillère d’Etat avait déjà tenté une conciliation il y a quinze jours, juste avant le licenciement de Daniel Fatzer, qui a entraîné la grève de la faim de ce dernier à l’église Saint-Laurent.

«Nous allons nous mettre au­tour de la table pour chercher des solutions»

«Nous allons nous mettre au­tour de la table pour chercher des solutions», déclare Xavier Paillard, président du Conseil synodal. Et de préciser que ces discussions ne visent pas à réintégrer le pasteur Daniel Fatzer en tant que ministre de l’EERV. Et pour les autres pasteurs? «En principe, le but n’est pas de les réengager, indique Xavier Paillard. Mais, si l’on veut donner une chance à cette médiation, évitons de poser des conditions publiques. Un minimum de confidentialité est indispensable.»

L’heure semble être à la conciliation, comme le confirme l’association R & R (Résistance & Réconciliation au sein de l’EERV). S’exprimant au nom des ministres licenciés Daniel Fatzer, Daniel Nagy (2014), Natasha de Félice (2014) et Bertrand de Félice (2015), R & R salue les efforts entrepris par le Synode pour améliorer sa gestion des ressources humaines. Les ministres licenciés en appellent à «l’apaisement des conflits» et proposent au Conseil synodal des «solutions amiables à l’interne». Ils voudraient «éviter que ces conflits soient réglés par les tribunaux, et ainsi contribuer activement à mettre fin à la crise».

Bonnes intentions

Le Mouvement citoyen Saint-Laurent-Eglise, qui demandait dimanche la «mise en place d’une médiation externe», prend acte de ces bonnes intentions de part et d’autre. «Nous sommes heureux si une médiation peut se mettre en place, réagit Vincent Léchaire. Même si, dans l’absolu, nous aurions préféré une instance indépendante de l’Eglise et du pouvoir politique.»

Pendant ce temps-là, Daniel Fatzer poursuit sa grève de la faim à Saint-Laurent. Après quinze jours de jeûne, le pasteur licencié continue de dialoguer avec des visiteurs venus le soutenir. «J’espère qu’on trouvera des solutions, dit-il, en premier lieu pour mes collègues.» (24 heures)

(Créé: 29.06.2016, 08h30)

Deux figures parisiennes du protestantisme quittent leurs paroisses

Les pasteurs Gilles Boucomont et James Woody ont officialisé, dimanche 26 juin, leur départ des paroisses parisiennes où ils officiaient depuis plusieurs années.

Tous les deux sont des figures du protestantisme à Paris, appartenant chacun à deux sensibilités différentes de l’Église protestante unie de France (Epudf).

Gilles Boucomont

Né en 1972, le pasteur Gilles Boucomont, originaire de Bourgogne, est en poste depuis 12 ans au temple du Marais, à Paris. Il fut notamment pasteur en Afrique de l’Est, puis à l’Église réformée de Rouen. Il a étudié la théologie, ainsi que les sciences politiques. Il fut également aumônier d’hôpital.

> À lire. L’étonnant succès du temple du Marais

Auteur d’un livre en deux tomes aux Éditions Première partie (Au nom de Jésus : libérer le corps, l’âme et l’esprit, 2010 et 2011), il a gagné une certaine notoriété grâce à son activité sur Twitter. Il est l’un des initiateurs du courant des « Attestants », rassemblant des opposants à la possibilité, ouverte en 2015 par l’Epduf, de bénir des couples homosexuels. Le pasteur Boucomont quitte Paris pour une année sabbatique dans la Nièvre.

James Woody

Également très présent sur les réseaux sociaux, le pasteur James Woody officie depuis 2009 au Temple de l’oratoire, haut lieu du protestantisme libéral à Paris.

> À lire. L’Oratoire du Louvre, navire amiral du protestantisme libéral

Également né en 1972, James Woody a étudié la théologie à Paris, Strasbourg, Montpellier et Jérusalem. Il a notamment été pasteur à Marseille, où il s’est illustré dans le dialogue interreligieux, à travers le travail de Marseille-Espérance, qui réunit les responsables des différents cultes de la cité phocéenne.

Depuis son arrivée à Paris, il préside Évangile et Liberté, qui incarne le courant libéral au sein de l’Église protestante unie de France, et dirige le journal éponyme. Il quitte Paris pour une paroisse de Montpellier.

Loup Besmond de Senneville

Xavier Paillard, un président en pleine tempête

Xavier Paillard dort bien, il nous remercie. Pourtant, depuis dix jours, le président du conseil synodal de l’Eglise évangélique réformée vaudoise (EERV) doit gérer une crise médiatique sans précédent, générée par un pasteur protestant contre son licenciement par une grève de la faim, et occupant l’église lausannoise de St-Laurent.

Le renvoi du pasteur Fatzer, après qu’il ait nommément cité un collègue licencié par l’Eglise lors d’un culte radiodiffusé le 12 juin, a fait l’objet de nombreuses critiques visant le ton cassant et l’autoritarisme du président. «Cela me touche, et c’est normal», admet Xavier Paillard. «Je concède que j’ai un franc parler, que j’ose dire ce que d’autres hésiteraient à formuler. Ma manière d’oser affronter l’adversité peut être perçue comme de l’entêtement mais cela traduit mal mon caractère». Son collègue Jean-Michel Sordet, membre du conseil synodal, le défend. «Xavier Paillard est un homme qui a du leadership et qui défend fermement son morceau. Il est décidé, parfois persévérant et zélé, mais il n’est pas autoritaire».

La confiance en valeur suprême

L’homme de 54 ans, père divorcé de trois enfants, place la confiance en haut de ses valeurs. Celle-là même qu’il donne à Daniel Fatzer et Jean Chollet en 2011, lorsqu’il décide, avec le conseil synodal, de leur confier l’Eglise St-Laurent. «Leur projet proposait des expérimentations novatrices de nouvelles formes d’Eglise. Cette créativité nous a séduits. Dans une institution reconnue, le rôle de provocateur peut être bon car nous avons besoin de têtes qui dépassent. Mais il faut éviter que la provocation ne devienne une écharde ou un obstacle pour les collègues». 

Les pasteurs trublions se spécialisent en coups d’éclat. Un jour, une carcasse de voiture est déposée sur les marches de l’édifice, en référence aux cabossés de la vie. Un autre, une braderie de cercueils est simulée par les deux hommes sur ce même escalier. Mais rapidement, l’attitude des deux hommes a consisté à «rabaisser et critiquer les autres églises lausannoises», selon Xavier Paillard. «Une provocation au service d’un ego personnel plutôt que de l’Eglise, plus perturbatrice que motivante. Ca a été l’objet de nombreuses vexations et colères de la part d’autres pasteurs». 

Aujourd’hui cette confiance est rompue, Xavier Paillard le regrette, et il n’y aura aucune forme de réintégration possible de Daniel Fatzer au sein de l’EERV. «Les choses ont assez duré. Il y a eu assez d’avertissements». 

S’asseoir à une table de négociations

Allongé dans son lit depuis dix jours, au sein de l’église St-Laurent, le pasteur Fatzer demande la démission du président du conseil synodal. Jean-Michel Sordet défend encore son collègue. «Daniel Fatzer et Xavier Paillard, ce ne sont pas deux égos qui s’affrontent, mais un égo contre une décision collégiale. Une décision de renvoi qui a été claire, mettant un terme à un long processus». Lundi, le conseil synodal se réunira. Il faut trouver une solution, rapidement. «Certaines conditions peuvent être négociées», admet Xavier Paillard. «Mais cela nécessite la volonté de sa part de s’asseoir à une table de négociations. Or pour l’instant, je ne vois pas dans son attitude ce qui pourrait rétablir le lien et la confiance». Le groupe de soutien de St-Laurent église demande la mise en place d’une médiation externe à l’EERV et une instance de recours externe.

Quotidiennement, une cellule de crise suit les rebondissements de l’affaire Fatzer. Elle comprend cinq personnes, dont Xavier Paillard qui a suivi des cours de gestion managériale. Il fait également partie d’une équipe de soutien d’urgence qui accompagne les gendarmes lors d’annonces de décès aux familles. Comment faire part de sa foi, lorsque l’on est confronté à «l’innommable de la mort, qui plus est lorsqu’elle est accidentelle»? Cela le touche et le mobilise. Xavier Paillard avait douze ans lorsque l’une de ses deux sœurs aînées meurt en montagne. Il est en Faculté de théologie à l’Université de Lausanne lorsque sa petite sœur décède à son tour en montagne elle-aussi. Dans ces moments, à ses côtés, Dieu est un compagnon de route, un allié. 

Xavier Paillard est profondément attaché au Protestantisme. Le prouvent ses années d’études au collège de St-Maurice, où il fait partie des trois seuls protestants parmi plus de mille élèves catholiques. Les valeurs des Réformés qu’il chérit le plus: le sacerdoce universel, la forte collégialité et la liberté de pensée. Ce n’est pas celle-ci qu’il sanctionne aujourd’hui chez Daniel Fatzer, mais des problèmes déontologiques, répète-t-il.

L’Eglise, une entreprise pas tout à fait ordinaire

Bateau géant comptant 245 ministres, l’Eglise évangélique réformée vaudoise (EERV) ne se pilote pas au petit bonheur la chance. Mise en cause par le pasteur Daniel Fatzer et d’autres ministres licenciés ces derniers mois, sa gestion est professionnelle, à entendre ses responsables. Son Office des ressources humaines (ORH) est constitué d’un responsable épaulé de deux personnes – pasteurs au bénéfice de formations particulières – ainsi que d’un staff administratif de quatre personnes. Le Conseil synodal a annoncé cette semaine l’engagement d’une personne supplémentaire.

Dotation suffisante? «Le nombre de postes convient à la taille du personnel, assure Line Dépraz, membre du Conseil synodal. C’est confirmé par une commission de six spécialistes en ressources humaines (RH) de diverses institutions, qui nous conseillent. La décision d’engager une nouvelle personne a été prise pour soulager le responsable des tâches administratives et lui permettre de se concentrer sur le suivi.»

Dimension théologique et pastorale

Ce service doit-il être assuré par des pasteurs? «Il est important que les RH ne soient pas des gestionnaires purs, explique Xavier Paillard, président du Conseil synodal. La principale différence avec une entreprise ordinaire, c’est qu’il y a une dimension théologique et pastorale qui doit aussi être évaluée.» L’évaluation a été peu à peu renforcée depuis 2007, date de la sortie de la gestion de l’EERV du giron de l’Etat.

L’Eglise a mis en place un cahier des charges, un règlement pour les défraiements, un entretien annuel pour les ministres, des bilans de mandat et des formations continues. Le Conseil synodal parle d’un «suivi de qualité». Xavier Paillard: «Nous assumons des tâches particulières toujours plus spécialisées. Nous travaillons avec des partenaires comme les hôpitaux ou les prisons, qui réclament des formations spécifiques.» Au risque d’écorner la liberté de certains ministres? «La majorité des collègues sont satisfaits des entretiens et du suivi de leur travail, répond Xavier Paillard. Ceux qui se plaignent, quelque part, n’acceptent pas de rendre des comptes à d’autres personnes. L’ancien système, avant 2007, pouvait être agréable mais certaines paroisses ont souffert de cette situation.»

Composer avec la foi

Est-il plus difficile de gérer des pasteurs et diacres que des employés ordinaires? «Il faut composer avec la foi, qui plus est dans une institution qui compte une pluralité de sensibilités théologiques, admet Line Dépraz. Chaque ministre manifeste des convictions dans son travail. Il peut donc être difficile pour certains de dissocier l’appréciation des prestations de celle de la personne.»

Quant aux licenciements, certains estiment qu’ils ne devraient pas exister à l’EERV, tandis que plusieurs délégués du Synode, réuni à Vaulion la semaine dernière, s’inquiétaient au contraire d’une «surprotection» des pasteurs qui dysfonctionnent. Une certitude: l’EERV n’est pas seule à y avoir eu recours. L’Eglise catholique dans le canton de Vaud a aussi été amenée à licencier quelque six personnes en dix ans et «doit parfois prendre des sanctions», indique la Fédération ecclésiastique catholique romaine du canton de Vaud (FEDEC-VD). Celle-ci a également rénové tout son système RH, qui prévoit des entretiens annuels. Depuis 2013, les prêtres vaudois sont au bénéfice d’un contrat écrit en bonne et due forme. Une entreprise «presque» comme les autres. (24 heures)

(Créé: 25.06.2016, 08h52)