Enfants placés: La FEPS s’interroge sur les manquements de certains pasteurs

Jusqu’en 1981, en Suisse, des milliers d’enfants ont été placés de force dans des familles ou des institutions (Photo:Peter Studer-Walter Studer/Keystone)

Dans les cas d’enfants placés de force, des pasteurs et d’autres personnes engagées dans les Eglises réformées en Suisse n’ont pas assumé leur devoir de défense des plus faibles et des plus vulnérables, affirme la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS). Dans le but de lancer une réflexion et une recherche historique sur le sujet, la FEPS a organisé, le 21 mars 2016 à Berne, un colloque réunissant historiens et spécialistes politiques de la question.

“Il est important de faire la lumière sur ce qui s’est passé, car de nombreux enfants et jeunes adultes ont trop longtemps fait l’objet d’exploitation et de maltraitance alors que les autorités, l’Eglise et la société ont fermé les yeux”, affirme la FEPS dans un communiqué du 24 mars.

Pendant des décennies et jusqu’en 1981, en Suisse, des dizaines de milliers d’enfants, orphelins ou retirés à leurs familles considérées comme inaptes à les élever, ont été placés de force dans des familles d’accueil, en foyer, dans des institutions religieuses, voire en prison.

Maltraitance, exploitation, abus sexuels

En l’absence de structures socio-étatiques, des pasteurs ou d’autres personnes engagées dans l’Eglise ont souvent été amenés à assumer une fonction dans la prise en charge ou la surveillance d’enfants placés de force dans des familles ou des foyers. Même si plusieurs d’entre eux figurent parmi les personnes qui ont dénoncé le système, il est consternant de constater que d’autres n’ont pas assumé leur devoir de défense des plus faibles et des plus vulnérables, affirme la FEPS.

En effet, si les exemples positifs existent, notamment celui du pasteur Albert Wild qui a dénoncé les abus dans un livre publié en 1907 déjà, certains autres ministres ont eu un rôle moins reluisant, note la FEPS. Or les représentants du corps pastoral avaient une grande influence sur la société d’alors.

“Le scandale n’est pas qu’il y ait eu des placements extrafamiliaux, mais que la situation de nombreux enfants ait empiré après leur placement. Maltraitance, exploitation ou abus sexuels ont été le quotidien de beaucoup de victimes”, a résumé Thomas Huonker, docteur en histoire, devant la soixantaine de participants venus à Berne de toute la Suisse. Des membres des Eglises réformées, des scientifiques et d’anciennes victimes étaient notamment présents.

Reconnaître la souffrance des victimes

L’objectif du colloque est de lancer la réflexion et la recherche sur le rôle des Eglises réformées dans les pratiques de placements extrafamiliaux jusqu’en 1981. Il vise aussi à reconnaître la souffrance des victimes, leur réhabilitation et à ce que de tels faits ne se reproduisent plus. La FEPS souhaite par exemple que des approfondissements puissent être faits dans le cadre du programme du Fonds national de la recherche sur le sujet.

Les actes du colloque devraient paraître d’ici fin 2016. Ils réuniront les interventions des orateurs de la journée. L’ouvrage sera complété, notamment par d’autres articles scientifiques.

La FEPS participe, comme l’Eglise catholique en Suisse, a un fonds de solidarité pour les victimes de placements forcés, mise en place par la Confédération et qui doit être doté de 300 millions de francs. (cath.ch-apic/com/arch/rz)

Un Tibétain dans la ville, ou l’amertume des ex-pasteurs sédentarisés

Large chapeau de cuir de travers, toge noire froissée et haleine alcoolisée à dix heures du matin: jadis fier pasteur nomade sillonnant le haut-plateau tibétain, Lobsang, désormais urbain et oisif, traîne son mal-être autour de sa nouvelle maison en dur.

Lui et sa femme, tout comme leurs ancêtres avant eux, ont fait paître yaks et moutons durant des décennies avant de consentir voilà trois ans à la sédentarisation promue par le gouvernement.

Ils ont quitté leur tente en poils de yak pour venir s’installer dans une unité de relogement, succession d’habitations en béton gris et toits bleus, à une heure de route en lacets de la grande ville d’Aba, dans la province du Sichuan (sud-ouest de la Chine).

“Lorsque nous avons déménagé, tout a changé”, soupire Tashi, la femme de Lobsang, qui comme lui est quadragénaire mais ne connaît pas son âge exact. “D’abord nous avons été à court d’argent, puis il n’a pas pu trouver d’emploi adapté, et enfin, il a commencé à boire, de plus en plus…”

Les autorités arguent que l’urbanisation permet l’industrialisation et le développement économique nécessaires à l’amélioration des conditions de vie des ex-nomades, et qu’elle contribue à la préservation des sols et de la végétation.

Les néo-sédentaires bénéficient d’une série de prestations sociales: maisons offertes ou fortement subventionnées, assurance santé, scolarisation gratuite…

Au début des années 2000, des Tibétains de la région avaient délibérément choisi l’urbanisation, envoyant enfants et personnes âgées en ville, tout en continuant eux-mêmes à mener leur vie nomade.

Mais aujourd’hui, la politique de sédentarisation voulue par le gouvernement “engendre des difficultés connexes comme le chômage, les problèmes sociaux, l’alcoolisme… qui sont les symptômes typiques d’une rapide dislocation du tissu social”, relève Andrew Fischer, de l’Institut international des études sociales à l’Université Erasme de Rotterdam.

– ‘Trop tard’ –

Désormais relogés et sédentaires, nombre d’ex-éleveurs ont bien du mal à s’en sortir. Beaucoup déplorent leur manque de travail et de formation.

Dolkar, 42 ans, a vendu ses 13 derniers yaks pour 85.000 yuans (aujourd’hui 11.700 euros) il y a deux ans, une décision qu’il dit regretter, expliquant chercher encore aujourd’hui un travail stable.

“Je pensais que c’était une grosse somme, je ne réalisais pas combien les choses étaient chères en ville”, se lamente-t-il. “Quelqu’un du gouvernement est venu et m’a convaincu de déménager. Maintenant je m’aperçois de ce que j’ai perdu et j’aimerais faire marche arrière, mais c’est trop tard”.

Beaucoup d’ex-nomades rechignent à certains travaux manuels souvent sous-payés – comme dans le BTP ou le nettoyage -, qu’ils jugent indignes du statut élevé dont ils jouissaient au sein de la communauté tibétaine lorsqu’ils avaient un cheptel pléthorique.

“Déménager les gens dans des zones urbaines n’a du sens que s’il y a des emplois pour eux là-bas”, estime M. Fischer.

– Forces séparatistes –

Selon les opposants à cette campagne d’urbanisation, l’un des objectifs de celle-ci est d’accroître la surveillance des zones de peuplement tibétain, peu à peu passées sous le contrôle de Pékin au XXe siècle.

Les tentatives d’urbanisation “concentrent les gens dans des zones où ils sont beaucoup plus faciles à surveiller et deviennent davantage dépendant des subventions étatiques pour leur survie”, estime Sophie Richardson, directrice pour la Chine de l’ONG Human Rights Watch (HRW).

Depuis l’an 2000, le nombre de résidents urbains a bondi de 60% au Tibet, où les autorités ont décidé il y a cinq ans d’implanter partout des équipes de cadres communistes. Le numéro un du Parti dans la région, Chen Quanguo, a déclaré que chaque village devait devenir une “forteresse” pour “se prémunir et combattre l’infiltration des forces séparatistes tibétaines”.

Des experts environnementaux jugent en outre que, loin de protéger les pâturages de montagne, l’urbanisation est néfaste pour l’écosystème car elle laisse le champ libre à une flore invasive et modifie la nature des sols.

“Il est naturel depuis toujours d’utiliser les prairies pour le pâturage. Les plantes et le sol en ont besoin pour une croissance saine”, assure Sun Jie, vice-directrice de l’Institut de recherche sur les pâturages à l’Académie des sciences de l’agriculture et de l’élevage de Mongolie-intérieure (nord). “Sinon, une végétation de faible qualité s’installe et contribue au déclin de la qualité des sols.”

Dans toute la Chine, l’urbanisation est une priorité économique, le Premier ministre Li Keqiang l’ayant même qualifiée en 2014 de “grande stratégie pour la modernisation”.

Mais les avantages induits de la sédentarisation, comme l’accès à l’eau courante, ont un revers: une progressive perte d’identité des ex-nomades.

Certains se plaignent que leurs enfants ne suivent des cours qu’en mandarin.

“Mes enfants ne connaîtront jamais notre histoire, ils ne comprendront jamais nos traditions tibétaines”, déplore Dorje, relogé il y a six ans et qui vit de petits boulots.

“Et mes petits-enfants ne sauront jamais que j’étais un homme respecté et riche. Ils ne connaîtront que la pauvreté.”

Le pasteur soudanais Philemon Hassan arrêté

Le pasteur Philemon Hassan de l’église baptiste Hai El Esbah à Khartoum a été détenu, sans aucun motif d’inculpation, le lundi 14 mars par le personnel des services de sécurité du Soudan (NISS : National Intelligence and Security Services). Relâché dans la nuit, il a de nouveau été arrêté le mardi 15 mars. 

Selon plusieurs sources locales, avant l’arrestation du pasteur Hassan, les responsables du NISS avaient perquisitionné son domicile. Plusieurs de ses biens ont alors été dispersés autour de sa maison, et certains objets personnels comme son ordinateur portable et certains documents ont été confisqués. Emprisonné pendant plus de dix heures le 14 mars, il a été libéré une heure avant d’être à nouveau arrêté mardi.

La femme du pasteur Philemon Hassan, qui ne connait pas les raisons pour lesquelles son mari est détenu,  a exhorté les chrétiens à prier pour lui :

«Priez pour lui et notre famille», a-t-elle déclaré.

« Ce  pasteur qui est responsable d’une église baptiste de Karthoum et connu pour la composition de chants d’adoration, est loin d’être le premier a avoir été arrêté ces derniers mois à Khartoum.

Deux autres pasteurs sud-soudanais, Peter Yein Reith et Yat Michael, ont notamment été détenus puis finalement libérés après huit mois de prison après avoir été accusés faussement de crime punissable de peine de mort en raison de leurs efforts pour empêcher la vente illégale après confiscation de l’église évangélique Bahri à Karthoum.

Harcelé par le gouvernement, le pasteur Yat Michael après avoir été arrêté, avait en effet vu une partie de son centre de culte démoli par des investisseurs musulmans qui tentaient de devenir propriétaires de ce bâtiment.

De la même façon, Telahoon Nogose Kassa, sans doute également été détenu sans inculpation depuis le 14 décembre pour sa défense contre la confiscation du gouvernement de la propriété de la même église. Ces arrestations ne représentent que quelques unes des arrestations de Pasteurs à Karthoum.

« Que Dieu soit avec ceux qui sont opprimés», a écrit un chrétien soudanais dans une campagne de prière sur sa page Facebook. « Il vous gardera à l’abri de tout mal. »

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Hendrick Goltzius

Hendrik Goltz ou Hendrick Goltz, connu sous la forme latinisée de son nom, Goltzius (Bracht-am-Niederrhein – Venlo, janvier ou février 1558 – Haarlem, 1er janvier 1617), est un dessinateur, peintre et graveur néerlandais (Pays-Bas espagnols puis Provinces-Unies). Ses gravures, très prisées, issues de ses propres dessins ou transposant les œuvres de ses contemporains, contribuèrent efficacement à la diffusion du maniérisme en Europe. En savoir plus…

Elevage – Développement du pastoralisme dans les 6 pays du Sahel : 150 milliards de francs Cfa …

Le Projet régional d’appui au pastoralisme au Sahel (Praps) est en marche. Après son lancement en octobre 2015, voilà   que ce projet tient, avec les six pays sahéliens, ses premiers Entre­tiens techniques sous la supervision du Comité permanent inter-Etats de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (Cilss). Cette rencontre qui regroupe l’ensemble des équipes de coordination nationales des 6 pays bénéficiaires du projet va porter sur la «gestion durable des parcours dans le Sahel, les stratégies, les pratiques la gouvernance et la promotion». Elle s’inscrit également dans les activités de la composante gestion des ressources naturelles du Praps et vise particulièrement les problématiques importantes et complexes d’accès et de gestion durable de la ressource en pâturage et parcours de l’hydraulique pastorale. Faut-il le rappeler, souligne Christian Berger, chef de l’équipe régionale du Praps à   la Banque mondiale, «la gestion durable des parcours dans le Sahel est au cœur de la mise en œuvre du Praps» car, note-t-il, «l’essor rapide de la population, la multiplication des conflits entre pasteurs ou entre pasteurs et agriculteurs, les épizooties, la compétition accrue vis-à  -vis des ressources naturelles comme les pâturages et l’eau d’abreuvement, l’insécurité croissante dans le Sahel sont autant de préoccupations auxquelles des réponses doivent être apportées».
Les Entretiens techniques du Praps (Etp) qui se dérouleront tous les ans, selon l’approche «Foire aux savoirs», vont soutenir sa mise en œuvre efficiente. Ils donneront lieu à   des «notes aux décideurs» ou à   des «notes techniques aux opérateurs», afin de sortir la deuxième mamelle de l’économie de ces pays, qu’est l’élevage, des problèmes accrus auxquels elle est confrontée. Le Praps n’est pas seulement la gestion durable des ressources, c’est aussi la santé du cheptel ainsi qu’une meilleure valorisation de la production animale sur les marchés et une capacité de réaction en cas de crise comme la sécheresse d’autant plus que nous sommes en zone sahélien. La banque mondiale ainsi que ces pays du Sahel ont compris que le pastoralisme est une donnée essentielle en finançant à   hauteur de 150 milliards de francs Cfa le Praps. Et c’est la première fois, se réjouit Djimé Adoum, secrétaire exécutif du Cilss, qu’un bailleur accepte d’investir autant d’argent pour le développement du pastoralisme.

19,5 milliards pour le Sénégal
Le gros de l’enveloppe va revenir aux quatre grands pays de l’élevage que sont la Mauritanie, le Mali, le Niger et le Tchad qui ont l’essentiel du cheptel. Chacun de ces pays va exécuter environ plus de 29 milliards de francs Cfa. Viennent ensuite les deux petits pays d’élevage que sont le Sénégal et le Burkina Faso qui exécutent respectivement 19,5 milliards de francs Cfa et 5,2 milliards. Ils assurent la coordination du Cilss qui va, selon son secrétaire exécutif Djimé Adoum, veiller à   la valeur ajoutée régionale. Le projet va durer 6 ans (2015-2021). Plus de deux millions de pasteurs et d’agropasteurs dans les pays du Sahel vont en bénéficier dont 30% des femmes.

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Des pasteurs de Sikensi organisent un concert de louange pour « impulser son développement »

Le collectif des pasteurs entouré de M. Yed tenant le micro et du sous-préfet de Sikensi

Sikensi, 14 mars (AIP)- Le collectif des pasteurs protestants et évangéliques de Sikensi ( CO.PPE.SIK) a organisé un concert de louange et d’adoration en vue d’impulser le développement du département, dimanche sur l’esplanade de la sous-préfecture.

Ce concert qui avait pour thème « Seigneur que ton règne vienne » a regroupé des dizaines de groupes musicaux et chorales ainsi que des chantres de renom qui ont suscité adoration et prière et fait danser les chrétiens venus nombreux à ce rendez-vous.

Pour le Pasteur Yoboué Eugène, président dudit collectif, leur objectif en organisant ce concert, est que « Dieu étant le Rois des rois, puisse faire venir son règne sur Sikensi de sorte que cette région puisse se développer, car il est écrit dans le psaumes 33/12 : +heureuse la nation dont l’Éternel est le Dieu.+ Nous voulons aussi que les cadres soient unis afin d’être le fer de lance du développement de la région », a-t-il dit.

L’ancien ministre Yed Angoran Esaie, fils de la région, parrain de la cérémonie pour qui « la louange est le seul ministère qui ne prend jamais fin » a encouragé les pasteurs pour cette initiative, leur demandant de la pérenniser.

Ce concert de louange a également connu la présence du sous-préfet de Sikensi, Blé Julie Béat-Séki, dont les organisateurs ont bénéficié des conseils et encouragements.

(AIP)

km/akn/cmas

Le salaire des pasteurs

Le salaire des pasteurs varie d’une Union d’Églises à l’autre. Si le « net à payer » est souvent inférieur au SMIC, les avantages en nature qui viennent le compléter ne sont pas négligeables.

Combien gagne un pasteur ? Son niveau de vie est-il équivalent à celui d’un professeur des écoles (instituteur) ? Répondre à la question est quasiment impossible, tant les situations sont différentes en fonction du lieu géographique et des Unions d’Églises. Quelques exemples : un pasteur tzigane est bénévole, la mission Vie et Lumière ne rémunérant pas ses ministres. À l’Armée du Salut, le ministère pastoral se vit en couple, les conjoints percevant pour eux deux l’équivalent d’un seul SMIC. Par contre, chez les adventistes, dont les fidèles paient la dîme, le salaire permet de vivre sans souci majeur.

Certaines Unions d’Églises ont des grilles applicables dans toutes leurs pa

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Association des Pasteurs de France : « la francophonie est une grâce

Pasteur Evert Veldhuizen, pouvez-vous vous présenter ?

Né aux Pays-Bas, je suis arrivé en France en 1981, après mon mariage avec une française. J’ai appris le français à Paris. Nous avons cinq enfants, l’aîné est aussi pasteur. Je suis pasteur de l’EPUdF en poste dans le Poitou, j’ai un doctorat en Histoire des religions et je suis président de l’Association des Pasteurs de France.

Quelles sont les principales fonctions exercées par l’Association des Pasteurs de France ?

Pour reprendre les termes des Statuts, elle s’occupe de tout ce qui concerne les intérêts généraux et professionnels des pasteurs. Elle travaille à améliorer leur situation morale, sociale et économique. Et elle organise chaque année une Pastorale nationale, à laquelle participent des pasteurs de différentes Églises.

Fondée en 1920, l’APF est un syndicat, mais elle fonctionne comme une association professionnelle. Vous ne nous verrez pas faire une manifestation, en robe pastorale, hurlant des revendications, portant des banderoles, bloquant la rue  devant les sièges des Églises ! Les relations fraternelles sont notre spécialité. Répondant aux appels qui nous sont adressés, nous intervenons sous forme de médiation ou de négociation. Dans la discrétion, parce que notre expérience a prouvé que c’est le plus efficace.

L’Association édite les Lettres de l’APF pour annoncer les Pastorales nationales annuelles, et Les Cahiers de l’APF qui publient les textes des interventions. Depuis quelques années, une partie de ces textes est diffusée sur le site internet de l’APF.

Quelle est la part des pasteurs francophones non-français dans l’APF ?

J’ignore le nombre exact, mais quelques dizaines de collègues francophones non-français exercent leur ministère au sein des Églises, Œuvres et Mouvements, membres de la Fédération protestante de France. Ils viennent principalement de l’Afrique francophone. Nombre d’entre eux participent régulièrement aux Pastorales nationales de l’APF et nous avons eu des membres d’origine africaine au Conseil d’administration, comme le regretté pasteur David Afonso. Quelques intervenants des Pastorales nationales sont d’origine africaine. La contribution de ces collègues est très précieuse, parce qu’ils approchent les questions par d’autres angles que les Européens. Ils nous aident à garder des perspectives larges, en nous empêchant de nous enfermer dans le quotidien franco-français.

Personnellement, j’apprécie beaucoup le sens d’humour et la joie de vivre des collègues d’origine africaine. Francophones, maîtrisant les subtilités de la langue, ils savent parfaitement intégrer leurs points de vue dans nos débats. Ils éclairent autrement les problématiques que nous Européens abordons parfois avec un peu trop de gravité.

Quelles sont les relations de l’APF avec d’autres organismes du même type, basés dans d’autres pays ?

Nous privilégions les relations en Europe latine. Mais dans ces pays, les organismes ne sont pas du même type que le nôtre. Les pasteurs des Églises vaudoises en Italie sont organisés par leur Corps pastoral, une instance de l’Église. L’APF, quant à elle, est totalement indépendante. Les pastorales des Églises historiques espagnoles et portugaises font aussi partie de leurs Églises. L’Europe latine nous a amenés à nous intéresser à l’Amérique latine, où nous avons également participé à des réunions de pasteurs. En Afrique, nous avons des relations notamment avec l’Église Évangélique au Maroc. Notre site internet a été repéré par des pasteurs en Afrique subsaharienne qui nous ont contacté par mail. Nous envisageons de nouer des liens avec des collègues dans ces pays.

Que représente pour vous la francophonie ?

Pouvoir se comprendre par la même langue est une chance formidable qui mérite d’être exploitée pour le bien des uns et des autres. Je me sens proche des collègues d’origine africaine, parce que nous parlons la même langue. La connaissance d’une langue ouvre des portes passionnantes à des femmes et des hommes vivant dans des cultures pourtant très différentes.

Je pense que la francophonie est une chance, et non un prolongement du colonialisme. D’origine non-francophone moi-même, j’ai une grande estime pour celles et ceux qui sont nés, comme moi, ailleurs, mais qui ont appris le français dès leur toute petite enfance. La francophonie, c’est un espace sur la carte du monde. En tant que pasteur, intéressé par l’histoire, je sais que les évolutions, respectivement dans le Nord et dans le Sud ont désormais totalement inversé la donne. Je salue avec reconnaissance la vitalité de la foi des Africains. Les Français ont contribué jadis à la propagation de l’Évangile dans le Sud. Cela allait de pair avec la diffusion de la langue française. A présent, la francophonie facilite la participation d’Africains à l’annonce de l’Évangile dans l’Hexagone. Plus qu’une chance, c’est une Grâce !

Prier, images pieuses au creux de la main

C’est un moment de recueillement. Chaque jour, Prince Ntasey, homme d’affaires ghanéen de 29 ans, suspend ses activités pour regarder son smartphone. Sur l’application Asoriba, téléchargée gratuitement il y a cinq mois, s’affiche un « message de dévotion », envoyé par le pasteur de son église, la Goodnews Mission Church.« Recevoir ce texte, accompagné d’une image qui aide à saisir l’essence de cette pensée me réjouit, explique Prince. Comme je suis très pieux, j’envoie aussi par mon téléphone des paroles de l’Evangile à certains membres de l’église. » C’est également par ce canal qu’il reçoit l’agenda de la paroisse, « ce qui est très pratique avec mes fréquents déplacements », ajoute-t-il.

Pour trouver des églises clientes, Nana Opoku (photo) et les trois autres fondateurs font, comme ici, du démarchage direct auprès des pasteurs. Asoriba

Depuis les bureaux de la Goodnews Church, à un jet de pierre de l’université du Ghana au nord d’Accra, le pasteur Stephen Boateng pilote ce service numérique. Devant son ordinateur, ce jeune homme de 24 ans démarre la journée en envoyant aux 140 fidèles de sa communauté ces petits sermons, « une démarche qui s’avère très utile pour le cheminement spirituel des membres », note-t-il. Il continue en partageant en ligne, si nécessaire, des informations pratiques. Enfin, il utilise ce programme informatique comme une plate-forme classique de gestion pour suivre bilans et statistiques.

Faire des dons et des offrandes

« Je passe sur le site Asoriba entre 45 minutes à 2 heures par jour en fonction de la vitesse de connexion Internet que j’arrive à obtenir », précise-t-il. Afin de simplifier la gestion budgétaire de la communauté, Stephen Boateng aimerait d’ailleurs que rapidement, l’application mobile « permette à tout membre d’apporter sa contribution financière par téléphone mobile en toute sécurité ». Pour l’instant, c’est uniquement par l’intermédiaire du site Web que les fidèles peuvent faire des dons et des offrandes.

Très inspirée de ce qui se fait en ligne depuis plusieurs décennies sur le continent américain, cette application ecclésiastique est, à l’origine, un projet de fin d’étude. En 2014, quatre jeunes étudiants du MEST (Meltwater Entrepreneurial School of Technology), Nana, Saviour, Jesse et Patrick sont à la recherche d’un projet technologique et se rendent comptent qu’ils appartiennent à quatre églises distinctes, respectivement la Destiny Chapel, l’Apostolic Church Ghana, l’église catholique et la Global Evangelical Church.

Nana, Saviour, Jesse et Patrick, alors étudiants au MEST (Meltwater Entrepreneurial School of Technology) à Accra, présentent leur projet de fin d’étude qui deviendra la start-up Asoriba. Asoriba

De cette diversité leur vient une idée. Pourquoi ne pas proposer un service en ligne qui puisse aider tout autant les pasteurs à gérer leurs communautés que les fidèles à rester connectés ? D’autant plus que ces étudiants ont, pour nourrir leur réflexion, des informations de premières mains. Nana et Saviour sont tous deux fils de pasteur et Nana se destine à en devenir un. « Nous savions que la gestion financière d’une église est compliquée, que le suivi des fidèles est souvent peu efficace, et que la création d’événements pour animer la communauté est toujours trop onéreuse », se souvient Nana. Les quatre planchent donc sur une application à la fois Web, utilisable par un pasteur devant son ordinateur, et mobile, pour un fidèle smartphone en main.

Diplôme en poche, ces entrepreneurs en herbe ont, cette dernière année, bénéficié de l’incubateur du Meds pour structurer leur projet. Nana Opoku a pris la direction de la start-up dénommée Asoriba, enfant de l’église en Twi, un des dialectes du Ghana. Quand à ses trois autres camarades, ils occupent des postes techniques.

Les quatre garçons affichent un plan marketing volontariste et très précis. « Près de 500 millions d’Africains appartiennent à des communautés chrétiennes. Il existe 2,6 millions d’églises en Afrique et notre objectif est d’en atteindre 468 000 », explique Nana. Les créateurs aspirent donc à se développer bien au-delà des frontières du Ghana.

Célébration dans une des églises d’Accra qui utilise l’application Asoriba pour rester en contact avec ses fidèles. Asoriba

L’application propose des tarifs adaptés au nombre de fidèles. Pour les « baby churches », les petites églises telle celle du père de Nana qui accueille une trentaine de personnes, le tarif est de 9 dollars américains par mois. Pour les grandes communautés, de plus de 2 000 membres, la somme mensuelle à verser est de 199 dollars.

Depuis le lancement officiel de l’application en février 2015, les quatre garçons se démultiplient sur les réseaux sociaux Twitter et Facebook pour communiquer. A coup d’opération de marketing direct, ils appellent, prennent rendez-vous et essayent de convaincre un à un les pasteurs. Leur équilibre financier a été atteint avec la centième église devenue cliente. « Plus de 220 ont actuellement créé un compte sur le site », ajoute Nana. Les nouvelles communautés inscrites « ont une période de deux semaines pour tester nos services et nous l’espérons y souscrire ».

Le premier client d’Arisoba a été la Destiny Church, église du père de Nana, où celui-ci fait également ses armes de futur prédicateur. Selon une étude du Pew Research Center de décembre 2015, l’Afrique est le continent où le plus d’habitants considèrent la religion comme « très importante » dans leur vie quotidienne. C’est le cas pour 98 % des Ethiopiens, 97 % des Sénégalais, 90 % des Ghanéens, contre 27 % des Canadiens, 18 % des Australiens et 14 % des Français.