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Un synode protestant crucial sur la bénédiction des couples homosexuels

Un synode protestant crucial sur la bénédiction des couples homosexuels

Deux ans après l’adoption de la loi Taubira sur le mariage gay, 200 délégués de la principale Eglise protestante française sont réunis jusqu’à dimanche autour du thème “Bénir, témoins de l’Evangile dEvaristo Sa

L’Eglise protestante unie de France (EPUdF), qui regroupe luthériens et réformés, a ouvert jeudi après-midi à Sète (Hérault) un synode national qui pourrait autoriser la bénédiction des couples homosexuels, ce qui constituerait une quasi-première dans le paysage religieux français.

Deux ans après l’adoption de la loi Taubira sur le mariage gay, 200 délégués de la principale Eglise protestante française sont réunis jusqu’à dimanche autour du thème “Bénir, témoins de l’Evangile dans l’accompagnement des personnes et des couples”.

Dimanche matin, 105 votants doivent prendre une décision sur la bénédiction des couples homosexuels. S’ils suivent la synthèse rédigée par deux rapporteurs sur la foi de travaux menés au niveau régional, ils donneront aux 500 pasteurs de l’EPUdF la possibilité de procéder à ces bénédictions.

Le mariage n’est pas un sacrement pour les protestants, mais les couples hétérosexuels unis en mairie peuvent être bénis au temple. En France, seule la Mission populaire évangélique (MPEF), une Eglise beaucoup plus petite que l’EPUdF, autorise un “geste liturgique d’accueil et de prière” pour les homosexuels.

Dimanche, l’EPUdF pourrait aussi décider de surseoir à statuer sur ce sujet sensible, comme l’a fait son Eglise soeur en Alsace-Moselle, l’UEPAL, en 2014.

La perspective d’une évolution, même laissée au libre-arbitre de chaque pasteur, divise la communion luthéro-réformée. Quelque 150 pasteurs et responsables locaux opposés au projet ont lancé un “appel” à ne pas statuer “dans la hâte de répondre à la pression de la société et l’évolution de ses moeurs”, brandissant le risque de “profondes déchirures”.

“Quelles que soient les décisions que le synode national prendra, il y aura des déceptions”, a prévenu le président du conseil national de l’EPUdF, le pasteur Laurent Schlumberger, jeudi en ouverture du synode. “Voilà donc une occasion d’exercer la fraternité qui nous est donnée, nous en avons la capacité”, a-t-il poursuivi.

L’EPUdF, qui incarne le courant historique du protestantisme français, revendique 110.000 membres actifs parmi 400.000 personnes faisant appel à ses services.

Tout en se défendant d’être en concurrence avec une mouvance évangélique en forte croissance, elle parie désormais sur une démarche missionnaire pour “passer d’une Eglise de membres à une Eglise de témoins”.

L’EPUdF accueille un nouveau pasteur chaque mois ce qui, compte tenu des départs à la retraite, lui permet de stabiliser leur nombre. Un tiers d’entre eux, et même 45% des nouveaux pasteurs, sont des femmes.

Ce dimanche, bénira-t-on les couples gays au temple ?

La journée de dimanche prochain 17 mai sera de toute façon particulière, puisqu’elle sera synonyme de Journée mondiale de lutte contre l’homophobie et la transphobie. Mais elle pourrait le devenir encore davantage. Car ce dimanche, l’Église protestante unie de France (EPUdF) pourrait décider de permettre la bénédiction des couples de même sexe. Ou pas.

Le sujet est en tout cas à l’ordre du jour du synode national de l’EPUdF qui s’ouvre aujourd’hui à Sète, dans l’Hérault. La question n’y fait pas l’unanimité, mais sur la base des travaux menés depuis janvier 2014 au niveau local puis régional, les rapporteurs du dossier, qui feront donc entendre leur voix lors du rassemblement, se disent « favorables à ce qu’on ouvre tranquillement la possibilité de bénir des couples de même sexe. »

« PAS UNE RÉVOLUTION »

Sur la base de ces travaux, au dernier jour du synode, les 105 délégués réunis à Sète pourraient donc être appelés à se prononcer sur le sujet lors d’un vote.

« Il ne s’agit pas de dire “le mariage des personnes de même sexe c’est bien“, “c’est pas bien“, explique l’un des rapporteurs, Isabelle Grellier, théologienne de formation. Bénir, c’est dire que Dieu t’accueille tel que tu es, sur tes chemins faciles ou difficiles et qu’il t’invite à réfléchir à ta vie à la lumière de l’Evangile. »

Pour elle, la bénédiction n’est pas un « satisfecit. C’est une possibilité qui sera portée – ou pas – par le pasteur local, en dialogue avec sa communauté. Nous ne sommes pas en train de faire une révolution. » Une analyse que ne partagent pas un certain nombre d’opposants, au sein même de l’Église protestante unie de France.

« LA QUESTION EST POSÉE DE MATIÈRE SEREINE »

Une cinquantaine de pasteurs et une centaine de conseillers presbytéraux a ainsi signé un « appel » invitant les délégués du synode à ne pas statuer « dans la hâte de répondre à la pression de la société et l’évolution de ses mœurs ». Les signataires de ce texte redoutent qu’une décision dès cette année « entraîne de profondes déchirures » au sein de l’EPUdF.

« Il n’y a pas de risque de schisme, dit de son côté le président du conseil national de l’EPUdF, le pasteur Laurent Schlumberger. Mais quelle que soit la décision, des personnes seront déçues. » Et de conclure : « Je ne suis pas stressé ». Car il est convaincu que son Église a « posé la question de la manière la plus sereine possible ».

(Avec AFP)

Deux pasteurs risquent la peine de mort au Soudan

Selon les avocats des pasteurs Peter Yein Reith et Yat Michael, les charges qui pèsent sur leurs clients leur font encourir la peine de mort. Ils sont accusés d’atteinte au système constitutionnel, d’espionnage et de mener la guerre contre l’Etat. Outre ces accusations qui peuvent les mener sur l’échafaud, ils sont accusés d’atteintes aux croyances religieuses… Les deux pasteurs ont entamé une grève de la faim pour protester contre la nature de ces accusations qu’ils jugent délirantes.

Violation des droits de l’homme

Michael a été arrêté le 21 décembre 2014 tandis qu’il visitait une église à Khartoum tandis que Reith a été arrêté le 11 janvier alors qu’il écrivait au presbytère de l’Eglise évangélique du Sud Soudan pour s’enquérir du sort de son confrère. Leur lieu de détention est resté inconnu pendant des mois, ce qui constitue une violation des droits de l’homme. Mais en avril dernier, ils ont été transférés vers un centre de détention à Khartoum. Interrogé par Morning Star, Michael assure : « Dieu interviendra et nous protègera même en prison des charges qui pèsent contre nous. Merci à tous pour vos prières et votre soutien pendant cette longue période d’emprisonnement ».

Demande de rançon

L’autorité en charge, le National Intelligence and Security Services (NISS), désignée par des islamistes radicaux, est accusée par les chrétiens soudanais d’être un instrument de nettoyage ethnique au service du président Omar al-Bashir. Les chrétiens, les noirs et les sud soudanais sont poussés dehors pour créer un état islamique et arabe homogène. Tombant le masque – déjà défraîchi – de la légalité, le NISS a demandé 12 000 dollars à l’Eglise évangélique du Sud Soudan pour libérer ses prisonniers. Un chantage auquel les sud-soudanais refusent de se soumettre : ce tribunal pourrait recommencer l’opération sur n’importe quel chrétien au Soudan, tel un preneur d’otages.

L’ombre du conflit soudanais

Le Soudan a été le théâtre d’une guerre civile de 1983 à 2005. Depuis la partition du pays en 2011, il est aux prises avec divers groupes rebelles dans les montagnes Nuba, qui ont leurs bases arrière au Sud Soudan. L’église que Michael était allé visiter et encourager en décembre, l’Eglise évangélique de de Bahri Khartoum, avait été harcelée par le gouvernement, qui avait multiplié les arrestations et les démolitions de lieux sacrés, tandis que des investisseurs musulmans prenaient possession des terrains. L’arrestation des pasteurs par le NISS sonne donc comme une punition dirigée contre le soutien apporté à une congrégation que le gouvernement combat. 

Selon les avocats des pasteurs Peter Yein Reith et Yat Michael, les charges qui pèsent sur leurs clients leur font encourir la peine de mort. Ils sont accusés d’atteinte au système constitutionnel, d’espionnage et de mener la guerre contre l’Etat. Outre ces accusations qui peuvent les mener sur l’échafaud, ils sont accusés d’atteintes aux croyances religieuses… Les deux pasteurs ont entamé une grève de la faim pour protester contre la nature de ces accusations qu’ils jugent délirantes.

Violation des droits de l’homme

Michael a été arrêté le 21 décembre 2014 tandis qu’il visitait une église à Khartoum tandis que Reith a été arrêté le 11 janvier alors qu’il écrivait au presbytère de l’Eglise évangélique du Sud Soudan pour s’enquérir du sort de son confrère. Leur lieu de détention est resté inconnu pendant des mois, ce qui constitue une violation des droits de l’homme. Mais en avril dernier, ils ont été transférés vers un centre de détention à Khartoum. Interrogé par Morning Star, Michael assure : « Dieu interviendra et nous protègera même en prison des charges qui pèsent contre nous. Merci à tous pour vos prières et votre soutien pendant cette longue période d’emprisonnement ».

Demande de rançon

L’autorité en charge, le National Intelligence and Security Services (NISS), désignée par des islamistes radicaux, est accusée par les chrétiens soudanais d’être un instrument de nettoyage ethnique au service du président Omar al-Bashir. Les chrétiens, les noirs et les sud soudanais sont poussés dehors pour créer un état islamique et arabe homogène. Tombant le masque – déjà défraîchi – de la légalité, le NISS a demandé 12 000 dollars à l’Eglise évangélique du Sud Soudan pour libérer ses prisonniers. Un chantage auquel les sud-soudanais refusent de se soumettre : ce tribunal pourrait recommencer l’opération sur n’importe quel chrétien au Soudan, tel un preneur d’otages.

L’ombre du conflit soudanais

Le Soudan a été le théâtre d’une guerre civile de 1983 à 2005. Depuis la partition du pays en 2011, il est aux prises avec divers groupes rebelles dans les montagnes Nuba, qui ont leurs bases arrière au Sud Soudan. L’église que Michael était allé visiter et encourager en décembre, l’Eglise évangélique de de Bahri Khartoum, avait été harcelée par le gouvernement, qui avait multiplié les arrestations et les démolitions de lieux sacrés, tandis que des investisseurs musulmans prenaient possession des terrains. L’arrestation des pasteurs par le NISS sonne donc comme une punition dirigée contre le soutien apporté à une congrégation que le gouvernement combat. 

Sète : les pasteurs doivent-ils marier les homosexuels ?

L a question posée à Sète lors d’un synode protestant : les pasteurs doivent-ils marier les homosexuels ?

Les chrétiens réformés, calvinistes et luthériens de l’Église protestante unie de France (EPUdF), sont réunis à Sète ce jeudi et jusqu’à dimanche. Ils sont invités à statuer sur la bénédiction des couples homosexuels, qui se heurte à de fortes oppositions.

Deux ans après l’adoption de la loi Taubira ouvrant le mariage civil à deux personnes de même sexe, la principale Église protestante de France (110 000 membres actifs revendiqués) a mis la bénédiction religieuse de ces unions à l’ordre du jour de son synode national, qui s’ouvre ce jeudi à Sète. Dimanche, 105 délégués de l’EPUdF seront appelés à voter pour ou contre une proposition en ce sens. Même si le mariage gay n’y fait pas l’objet du refus constaté parmi les responsables catholiques et dans les Églises protestantes évangéliques, le sujet est loin de faire consensus chez les luthéro-réformés, le courant historique du protestantisme français.

En 2014, l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine avait sursis à statuer et s’était donné “un délai de trois ans avant d’envisager de reprendre cette question”. Le synode national de l’EPUdF pourrait décider de faire de même à Sète, voire de répondre par la négative. Mais les rapporteurs en charge du dossier, sur la base de travaux menés depuis janvier 2014, se disent “favorables à ce qu’on ouvre tranquillement la possibilité de bénir des couples de même sexe”.

L’opposition du pasteur Gilles Boucomont

“Il ne s’agit pas de dire “le mariage des personnes de même sexe c’est bien”, “c’est pas bien””, dit l’un des rapporteurs, Isabelle Grellier. “Bénir, c’est dire que Dieu t’accueille tel que tu es, sur tes chemins faciles ou difficiles”, et qu’il “t’invite à réfléchir à ta vie à la lumière de l’Évangile”, a ajouté cette théologienne, qui ne voit pas la bénédiction comme un “satisfecit” : “C’est une possibilité qui sera portée – ou pas – par le pasteur local, en dialogue avec sa communauté”.

“C’est la pire des solutions, c’est un manque de courage”, rétorque Gilles Boucomont, pasteur du dynamique temple du Marais à Paris et vif opposant au projet : “Quand une personne va se présenter dans une paroisse pour devenir son pasteur, le seul critère de recrutement risque d’être : “êtes-vous pour ou contre la bénédiction des couples homosexuels ?” Réduire toute la foi chrétienne à cette question est effroyable”. Ce pasteur piétiste s’inquiète de ce que, “pour la première fois en France depuis 1517” (Réforme initiée par Luther), “une décision synodale majeure puisse être prise contre tous les textes bibliques”.

Avec une cinquantaine d’autres pasteurs et une centaine de conseillers presbytéraux il a signé un “appel” invitant le synode à ne pas statuer “dans la hâte de répondre à la pression de la société et l’évolution de ses mœurs”. Les signataires de ce texte redoutent qu’une décision dès cette année “entraîne de profondes déchirures” dans une EPUdF encore jeune, née en 2012 de la fusion des Églises luthérienne et réformée.

L’Eglise protestante unie pourrait bénir les mariages gays

Le Monde | • Mis à jour le | Par

Laurent Schlumberger, président de l'Eglise protestante de France, en mai 2013.

Cent cinq représentants de l’Eglise protestante unie de France (EPUDF) voteront, dimanche 17 mai, pour savoir si les pasteurs qui lui sont affiliés pourront à l’avenir bénir des couples mariés de même sexe. Les théologiens Isabelle Grellier et Frédéric Rognon, les deux rapporteurs du synode qui se tiendra de jeudi à dimanche à Sète (Hérault), leur proposeront d’ouvrir cette faculté, sans en faire pour autant une obligation. Dans ce cas, il reviendrait à chaque pasteur, en accord avec son conseil presbytéral, de se déterminer. A l’heure où l’on mesure la force des résistances dans l’Eglise catholique à l’ouverture aux différents types de familles, le courant luthéro-réformé (les Eglises issues de la Réforme du XVIe siècle) pourrait faire date sur cette question, en France, deux ans après l’institution du mariage pour tous.

« Nous ne cherchons pas une réponse sur le mode licite/illicite »

L’issue du vote n’est cependant pas acquise. Mais Isabelle Grellier dit avoir été « la première surprise » de constater que « la plupart des synodes régionaux » préparatoires, qui ont eu lieu à l’automne sur cette question, « étaient favorables » à cette ouverture. Au point de l’avoir poussée à infléchir assez substantiellement son rapport initial, qui était beaucoup plus prudent. Pour éviter une situation…

Les protestants trancheront ce week-end sur la bénédiction des couples homosexuels

 Que s’apprêtent à décider les responsables protestants ? 

Réunis entre jeudi 14 et dimanche 17 mai à Sète (Hérault) pour leur synode national, 105 responsables de l’Église protestante unie de France (EPUdF) doivent se prononcer sur la possibilité de bénir – ou non – les couples de personnes de même sexe. Cette Église, qui réunit 250 000 fidèles, a inscrit cette réflexion dans le contexte plus large de la bénédiction.

Pour cela, les délégués de l’EPUdF seront invités à modifier et à voter sur un texte préparé par une théologienne et un philosophe, Isabelle Grellier et Frédéric Rognon, tous deux enseignants à la Faculté de théologie protestante de l’université de Strasbourg.

Concrètement, le document propose d’autoriser les bénédictions de couples homosexuels, à condition que le pasteur local et sa communauté ne s’y opposent pas. Le rapport, de quatre pages, est structuré en cinq axes : la bénédiction dans le contexte actuel, le sens de la bénédiction, la « communion fraternelle », la bénédiction comme manière de témoigner de l’Évangile, et la création d’équipes nationales pour accompagner les pasteurs sur cette question.

« Lorsque deux hommes ou deux femmes se marient et nous demandent de les bénir, que répondons-nous ? Il ne s’agit pas de se demander si le mariage entre personnes de même sexe est licite ou non, mais de savoir comment les accompagner », résume le pasteur Laurent Schlumberger, président du Conseil de l’EPUdF.

 Dans quel contexte ce débat s’inscrit-il ? 

« Le thème des bénédictions est ancien, explique Laurent Schlumberger. Il y a seize ans déjà, un synode national s’était penché sur cette question. Mais les débats de 2013 autour du « mariage pour tous » ont donné un nouveau tour à ce sujet. » Cette décision viendra couronner un processus de réflexion lancé il y a plus d’un an, en janvier 2014, et qui a conduit toutes les paroisses protestantes de France à réfléchir sur cette possibilité. L’an dernier, les neuf synodes régionaux de l’EPUdF ont également planché sur ce thème, se prononçant sur un texte élaboré à partir des réflexions locales.

Avant l’EPUdF, deux autres Églises protestantes se sont prononcées sur les bénédictions de couples d’hommes ou de femmes. La mission populaire évangélique avait lancé la réflexion en 2009, avant d’autoriser ces bénédictions en 2011. L’Union de l’Église réformée d’Alsace et de l’Église de la confession d’Augsbourg d’Alsace (Uepal) a, quant à elle, décidé l’an dernier de s’accorder un délai supplémentaire de réflexion avant de trancher la question.

 Cette question divise-t-elle les fidèles ? 

Les responsables de l’EPUdF ne cachent pas que le débat a été épineux, et que les membres de leur Église sont divisés. Néanmoins, « la plupart des synodes régionaux sont favorables à ce que nous ouvrions tranquillement la possibilité de bénir les couples de même sexe », estime Isabelle Grellier.

Signe de la vivacité des débats, cinquante pasteurs et une centaine de conseillers pastoraux ont rendu public, début mai, un « appel aux délégués et rapporteurs du Synode national » pour les inviter à ne pas statuer tout de suite sur la possibilité de bénir les couples homosexuels.

« Nous redoutons qu’une décision prise au bout d’une seule année de réflexion, dans la hâte de répondre à la pression de la société et l’évolution de ses mœurs – et avec pour seule légitimité la majorité des voix synodales – consacre les divisions et entraîne de profondes déchirures dans notre communion », peut-on y lire. « La réflexion a été menée au pire moment, à proximité du débat sur le » mariage pour tous », qui a provoqué de grandes tensions dans certaines communautés », déplore Caroline Bretonès, pasteur au temple du Marais, à Paris, et signataire de ce texte.

Nadia Bolz-Weber: “Dieu a créé une diversité foisonnante de personnes et d’identités sexuelles”

Nadia Bolz-Weber, 44 ans, est pasteur à Denver. De la rébellion punk au pastorat luthérien, cette femme au parcours atypique a su s’imposer dans un univers largement trusté par les hommes, et son succès fait grincer des dents. Interview.  

[Cet article a été initialement publié en janvier 2014]

Blogueuse à succès, tatouée, lunettes de hipster et gouaille ironique, Nadia Bolz-Weber est avant tout une bête de scène. Ses sermons sont des punchlines -elle emploie le mot “fuck”à toutes les sauces- et les vannes fusent, devant une foule hilare. Ses prêches sont de vraies pépites de stand-up. Pas étonnant quand on sait qu’avant de devenir pasteur, elle faisait des one-woman-shows dans une salle crasseuse de Denver. Rien ne prédisposait Nadia Bolz-Weber, mariée et mère de deux enfants, à représenter aujourd’hui la nouvelle vague “musclée du  christianisme libéral” en fondant une véritable “start-up de l’Église évangélique luthérienne en Amérique”, comme le décrit le Washington Post. À l’adolescence, elle se rebelle plutôt contre le christianisme fondamentaliste de sa famille et vire punk. Elle se met alors à fréquenter le milieu interlope, “les outsiders, les cyniques, les alcooliques et les pédés”, ce qu’elle racontera dans sa biographie à succès Pastrix: The Cranky Beautiful Faith of a Sinner and Saint (ndlr, la superbe foi à vif d’une pécheresse et d’une sainte), qui s’est glissée dans la liste des best-sellers du New York Times. Après des années de vie en communauté et d’addiction à la drogue et l’alcool, elle parviendra à se désintoxiquer et trouvera la foi, devenant ainsi pasteur à Denver. Rencontre avec celle qui veut rendre le protestantisme cool.

Dans le titre même de votre biographie, vous revendiquez ce surnom très violent, Pastrix, qui est un jeu de mots entre pasteur et dominatrice. Pourquoi?

Pastrix est le surnom que m’ont donné mes détracteurs, ceux qui estiment que les femmes ne doivent pas être pasteurs. Lorsqu’ils écrivent à mon sujet, ils refusent d’employer mon titre actuel, qui est Pasteur Nadia Bolz-Weber, et me surnomment Pastrix. Eh bien, lorsque j’ai écrit mes mémoires, j’ai décidé de reprendre ce terme à mon compte. Ce qui signifie, évidemment, que j’ai gagné!

Vous venez d’une famille chrétienne fondamentaliste. Avez-vous été élevée dans des valeurs sexistes?

J’ai été élevée dans la tradition chrétienne fondamentaliste, où les femmes n’avaient non seulement pas le droit d’être pasteurs, mais elles n’avaient pas même la possibilité de prier à voix haute devant les hommes. Disons simplement que ce n’était pas un environnement idéal pour une petite fille éveillée et grande gueule.

Quelles sont les origines de votre vocation?

Je sais que cela peut paraître fou, mais en fait, je pense que Dieu a fait appel à moi. J’étais engagée dans une voie complètement différente et pourtant on aurait dit que Dieu me cueillait, littéralement, et me poussait vers la voie de l’ordination. On aurait dit que quelque chose VENAIT à moi. Être pasteur est une vocation, et non une profession, parce que c’est précisément ce que je suis, pas seulement ce que je fais.

Comment se fait-on accepter en tant que femme dans le clergé?

Beaucoup de mes sœurs dans le clergé ont vécu des moments difficiles pour faire entendre leur voix et affirmer leur autorité. Cela n’a pas été mon cas, mais je ne veux jamais perdre de vue le fait que c’est malheureusement toujours aussi fréquent. Pour ma part, j’essaie de ne pas gâcher mon énergie à défendre ou protéger ma propre autorité: cela semble être le meilleur moyen de ne pas être prise au sérieux. Je pense qu’il existe un équilibre subtil à trouver entre ne jamais s’excuser de ce que nous sommes, en tant que femmes, et faire preuve d’humilité. C’est cet équilibre qui peut faire de nous des leaders extraordinaires.

Vous considérez-vous comme féministe?

Je n’utilise pas vraiment le mot féministe pour me décrire, mais cela ne me dérange pas si d’autres me décrivent ainsi. J’ai l’impression que je peux soit investir toute mon énergie dans les questions de genre et d’injustice, soit juste me faire accepter en tant que leader sur un terrain traditionnellement trusté par les hommes. Je n’ai pas l’énergie de faire les deux. J’espère donc qu’être une bonne féministe peut signifier être soi-même dans son rapport au monde, même si je n’utilise pas le mot.

Le fait d’être une femme change-t-il le regard que l’on porte sur les textes et la pratique?

Je ne sais pas si les femmes lisent l’Écriture ou interprètent les traditions d’une façon foncièrement différente des hommes. J’interprète les choses à ma façon et il se trouve que je suis une femme.

Être une femme vous rend-il plus ouverte sur les questions d’homosexualité et de genre en général?

Le simple fait d’être quelqu’un qui a connu un tas d’expériences dans le monde, avec plein de gens différents, me rend plus ouverte sur la sexualité. Je ne cherche pas à être ouverte en soi, simplement j’ai toute ma vie fréquenté des queers, c’est ma communauté. En tant que théologienne, je pense que Dieu a créé une diversité foisonnante de personnes, d’identités sexuelles et d’amours. Et célébrer cela, c’est célébrer Dieu. Mais j’aimerais que l’on s’éloigne des principes et des discussions autour de ce que les gens doivent faire ou ne pas faire de leur corps pour une vraie discussion honnête autour du bien-être émotionnel, physique et spirituel.

Les religions sont-elles misogynes?

Je pense que l’être humain en général essaie toujours de mettre au point des moyens de donner le pouvoir à certains groupes. C’est ce qui s’est produit tout au long de l’histoire, pour ce qui est du genre, de la religion, de la race, de l’ethnie, etc.

Vous cultivez votre corps au moyen, notamment, de compétitions d’haltérophilie. Est-ce si important, à vos yeux, d’aimer son corps?

J’ai vu beaucoup d’interviews de mannequins grandes tailles qui mettent l’accent sur le fait d’accepter son corps tel qu’il est, et militent pour un autre regard sur la beauté. Ça, j’adore. Cela m’a pris beaucoup trop de temps avant d’aimer mon corps. Aujourd’hui, je l’aime pour ce qu’il peut faire -tractions, équilibre, haltérophilie- et pour son apparence: 1,85 mètres, musclé, pulpeux, cheveux poivre et sel. Si nous, les femmes, utilisions toute l’énergie que nous dépensons à haïr notre corps pour nous concentrer sur le leadership, l’action sociale, la réforme de l’éducation ou d’autres causes infiniment plus nobles, le monde en serait différent.

Votre destin aurait-il pu être le même au sein d’une autre religion?

Il y a des idées très spécifiques à la tradition luthérienne qui m’ont attirée vers elle. Par exemple, celle qui sous-entend que nous sommes tous des pécheurs et des saints, et que Dieu veut être reconnu dans les choses simples qui  nous entourent: le pain, le vin, l’eau, les gens. Ces idées m’ont plu, à ma façon.

Êtes-vous réellement un pasteur libéral?

Je pense que les catégories “libérales” et “conservatrices” ont de moins en moins de sens. Oui, je suis socio-libérale car j’embrasse toutes les sortes de sexualité et d’expressions de genre. Mais je suis aussi une chrétienne profondément orthodoxe et je pense que Jésus était la parole de Dieu faite chair. Donc où est-ce que je me situe? Le “Jesus stuff” est important. Et j’adore les gays. Personne ne semble savoir quoi faire de moi.

Propos recueillis par Caroline Piquet

François a reçu une centaine de pasteurs évangéliques pentecôtistes

(RV) Jeudi après-midi, le Pape François a rencontré un groupe d’une centaine de pasteurs évangéliques pentecôtistes venus de plusieurs pays. Le groupe était accompagné du pasteur Giovanni Traettino, un ami du Saint-Père qui avait visité sa communauté le 26 juillet 2014 à Caserte, près de Naples.

La rencontre informelle a été très cordiale et s’est déroulée dans un esprit de prière pour la paix. Le cardinal Koch, président du conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens a assisté à la rencontre. 

08/05/2015 19:23

Des pasteurs évangéliques pro-metal soutiennent le Hellfest

C’est presque devenu un marronnier. Chaque année, le Hellfest fait l’objet de toutes sortes de critiques, de menaces et de mises en garde par des groupes chrétiens ou identitaires s’estimant visés par la musique metal jugée dépravée et violente, voire diabolique. Christine Boutin et Philippe de Villiers font partie de ses adversaires les plus emblématiques.

Mais pour cette édition, les protestations ont franchi un cap supplémentaire. Le 3 mai, le site de l’imposant festival, à Clisson en Loire-Atlantique, a subi d’importantes dégradations : des arbres ont été arrachés, des gaines d’accueil électriques ont été bouchées, des canalisations d’eau sectionnées, des décorations monumentales incendiées dont un grand corbeau. Si ce vandalisme n’a pas été revendiqué, les auteurs semblent avoir des motivations religieuses, à en croire les nombreuses inscriptions comme « Vade retro Satan » et « Saint-Michel sauve-nous ».

Le site est désormais surveillé jour et nuit par un dispositif sécurité pour que festival puisse démarrer comme prévu le 19 juin. Les organisateurs ont pris soin de demander à « ne pas véhiculer de messages ou d’actes de violence face aux communautés catholiques » et « qu’il serait injuste d’associer ces actes à l’ensemble des membres de la communauté catholique ».

Une musique de convictions fortes

Côté chrétien, la réaction de solidarité est venue d’un groupe de pasteurs évangéliques. A commencer par Jonathan Hanley, qui est également journaliste-écrivain et … fan de metal. Choqué, il a contacté une dizaine d’autres pasteurs et personnalités issues du monde protestant évangélique dont Jean-Luc Gadreau, Etienne Blasiak et Pierre de Mareuil. Ils ont signé un bref texte de soutien aux organisateurs de Hellfest, communiqué via Facebook.

Au nom de « l’ouverture » contre « l’obscurantisme », ils disent leur « aversion pour les gestes des personnes qui ont choisi de détruire » (…) au nom d’une soi-disant conviction religieuse. » Et de faire cette précision : « Bien que les chrétiens amateurs de metal soient majoritairement protestants, nous nous savons soutenus par de nombreux amis catholiques qui partagent notre colère devant ces dégradations. »

En effet, le metal a beau avoir une réputation diabolique, il attire aussi nombre de chrétiens, particulièrement des évangéliques, y compris chez les artistes, comme par exemple les groupes Stryper et Mortification. A en croire Jonathan Hanley, ce phénomène s’explique par le fait que « le metal est une musique de convictions fortes, exactement comme les évangéliques ».

Parmi les noms d’affiche « chrétiens » au Hellfest cette année, comme le rappelle le pasteur, on peut citer le guitariste et le bassiste du grand groupe Korn, ainsi que Vincent Furnier, plus connu sous son nom d’artiste Alice Cooper. Alors que, côté sataniste, il n’y aurait pas foule : « Je ne suis pas sûr qu’il n’y ait un seul cette année », nous dit Hanley, qui travaille actuellement sur un livre-entretien impliquant des artistes metal chrétiens et non. « A vrai dire, je ne connais pas de vrais satanistes parmi les musiciens. Aucun ne fait l’apologie de la violence, mais ils la condamnent. Quelques-uns se disent païens pratiquants, comme l’artiste Gaahl du groupe black metal norvégien God Seed. Par contre, il est vrai qu’un certain nombre d’artistes sont opposés à la religion institutionnalisée. On voit aussi parmi les festivaliers à Clisson des t-shirts avec des messages anti-chrétiens. Mais il n’y a jamais eu, en dix ans d’existence, le moindre incident. »

Quant au caractère violent et agressif de cette musique et des textes parfois antichrétiens véhiculés par des groupes comme Motörhead, Judas Priest, Marilyn Manson, tous au rendez-vous cet été à Clisson, le pasteur admet ne pas être particulièrement gêné. « Dieu n’a pas besoin de moi pour se défendre si les gens ont envie de le blasphémer. Le guitariste de Korn, Brian Head Welch, m’a dit une fois que le blasphème est le fait des aveugles, qui peuvent être en colère contre Dieu (lire son interview). En tout cas, je n’ai pas besoin que les gens autour de moi soient d’accord avec moi pour être bien dans ma foi. »