Emmanuelle Seyboldt, femme pasteur de Besançon, est élue au niveau national

Jusqu’alors, seule l’Eglise réformée d’Alsace et de Lorraine avait été dirigée par une femme, Thérèse Klipffel (1920-2006), de 1982 à 1988.

“Je n’étais pas candidate, j’ai été très surprise quand j’ai été appelée à cette fonction” 


Pasteur à Besançon depuis 2013 pour l’EPUdF, la principale Eglise protestante française, qui revendique 250.000 fidèles engagés dans ses rangs, Emmanuelle Seyboldt devient ainsi la première femme à la tête de la principale Eglise protestante de France.

“J’y vois une cohérence de notre Eglise: depuis 1965, elle accueille des femmes pasteurs. Que plus de 50 ans après des femmes soient appelées à ce type de responsabilités, c’est la logique”, juge-t-elle, abordant ses nouvelles fonctions “avec modestie et confiance”, dans une “continuité” avec son prédécesseur, Laurent Schlumberger.

Divorcée et remariée à un pasteur d’origine allemande, cette brune à l’allure sobre assume une famille recomposée avec sept enfants, donc cinq vivent encore sous son toit. En phase avec un “protestantisme qui n’a pas peur de ce que l’époque produit”, dit-elle.

Emmanuelle Seyboldt
Emmanuelle Seyboldt était notre invitée dans notre édition du 3 mai 2017.


La musique de Bach

Née le 18 août 1970 à Lunel (Hérault), fief du protestantisme cévenol, d’une mère “communiste militante” et d’un père très engagé dans l’Eglise réformée (calviniste), Emmanuelle Carrière-Seyboldt a grandi à Saint-Etienne, avant de suivre les enseignements de l’Institut protestant de théologie à Paris et Montpellier.

Reconnue comme pasteur en 1994, elle l’a été en Ardèche et dans l’Indre, assumant aussi des missions dans l’aumônerie hospitalière, à Poitiers, dans la presse protestante et le service de catéchèse de l’Eglise réformée de France. Avant d’être appelée aux plus hautes fonctions nationales, elle a eu des responsabilités régionales au sein de son Eglise dans l’Est.

Au sein d’une communion luthéro-réformée qui affiche une grande pluralité de tendances, des libéraux jusqu’aux “calvinistes orthodoxes” et aux charismatiques, Emmanuelle Seyboldt affiche une sensibilité doctrinale volontiers consensuelle.

“J’aime bien me qualifier de libérale évangélique, ou d’évangélique libérale. On a besoin de toutes les voix de l’Eglise”.


Marquée par la lecture de l’Américain Paul Tillich, apôtre du dialogue avec la culture, la philosophie et les religions non chrétiennes, la nouvelle présidente de l’EPUdF cite aussi, parmi ses influences théologiques, Lytta Basset et Marion Muller-Colard, et leur “manière de dire leur foi près du concret, de la vie”.

l’aube Pascale
L’aube Pascale à Besançon. Interviews de Pierre-Emmanuel Panis Pasteur Eglise Protestante / Reportage d’Emmanuel Rivallain et Denis Colle.



Une théologie “les mains dans le cambouis”

“Comme femme, mère, peut-être est-on amenée à développer davantage une théologie « les mains dans le cambouis ». Je ne suis pas une théologienne hors sol, universitaire, ce n’est pas ma façon de réfléchir”, explique-t-elle.

Organiste au temple dès sa plus tendre jeunesse, elle a appris le piano, le chant, la direction de choeur et l’alto, dans une grande proximité avec la musique, notamment celle du luthérien Jean-Sébastien Bach. Comme ses trois frères et soeurs, tous devenus musiciens professionnels.